Etape 3 : l’église primitive (XIIe et XIIIe siècle)

  • Seigneurie de Charonne

Les traces les plus anciennes de la seigneurie de Charonne et de son église datent du début du XIIe siècle : en 1141, une chartre de donation du roi Robert le Pieux au couvent St Magloire, cite l’église et les vignes de Charonne. Nous n’avons cependant pas vraiment de trace de cette église primitive, sauf peut-être les traces d’un chœur primitif dégagé lors des fouilles archéologiques.

 

  • Pilier XIIe / Construction XIIIe s

Les traces « en élévation » les plus anciennes datent des XII/XIIIe siècles, date d’une reconstruction probable de l’église : celle-ci possédait un clocher de forme carré, supporté par 4 piliers massif à l’époque situé en dehors de la nef ; lors des fouilles en 2014, un chevet en abside a été mis à jour à la place du chœur actuel.

Il s’agissait donc d’une église de village aux dimensions très modestes, située en haut du village. A côté de l’église se dressait le château des seigneurs de Charonne, dont il ne subsiste actuellement aucune trace.  La modestie de l’église nous permet de penser que celui-ci devait posséder sa chapelle privée.

De même, la trace d’une bande de couleur sombre qui court au niveau des chapiteaux, nous font penser à une LITRE funéraire, symbole du droit seigneurial de se faire enterrer dans l’église, et d’y apposer ses armoiries

On trouve en effet encore les Armes des seigneurs de Charonne : répétées sept fois, les armes du Seigneur de Charonne Nicolas François Thoré, mort en 1783 et celles de son épouse Louise Tronchy

Ecussons du seigneur de Thoré (acquéreur de la terre en 1755, mort en 1873) : « de gueules, au chevron d’or, accompagné en chef de deux étoiles du même et en pointe d’un croissant d’argent. »

Les décors des chapiteaux sont dits à crochet et la rosace de la façade ouest est inscrite dans un arc en plein cintre. Ils sont d’un Style gothique primitif : ces voûtes sont, pendant cette période, généralement sexpartites sur plan carré, c’est-à-dire qu’elles divisent la voûte en six petits voûtains sur une base carrée. Elles témoignent surtout des premiers essais architecturaux du style « parisien » et certains archéologues pensent qu’elles pourraient avoir servi de modèle aux piliers et voutes de Notre Dame de Paris.

A remarquer : le pilier nord-ouest  de la tour, sculpté avec un « cul-de-lampe dans lequel il  a une grappe de raisin, référence à la vocation viticole du village de Charonne

  • Guerres de religion :

Le 7 mars 1428, Henri VI, Roi de France et d’Angleterre, prenant en pitié les habitants de Charonne : « qui sont povres gens de labour non congnoissans en procès ne en plaid, ont tant de occupacions et de charges à supporter tant en leurs labeurs comme au fait de la guerre », leur donne l’autorisation de discuter leurs intérêts directement avec les religieux de Saint-Magloire, seigneurs du lieu, sans l’intervention du prévôt de Paris

  • Aller plus loin :

Une église reflète la foi de ceux qui l’ont construite : on retrouve donc naturellement leurs préoccupations quotidiennes ; elle était aussi à l’époque le centre de la vie villageoise : la cloche rythmait la journée de travail, les fêtes religieuses marquaient les saisons et les travaux des champs. Elle dominait le village, et représentait une force spirituelle aux côtés du pouvoir temporel du seigneur.

Aujourd’hui, l’espace sous la tour est le baptistère (le lieu où ont lieu les baptêmes), donc marque toujours symboliquement l’entrée du chrétien dans l’église. Ces fonts baptismaux, anciennement endommagés par une chute, ont fait l’objet d’une complète remise en état par Olivier Morel, spécialiste de la restauration d’œuvre d’art en métal. Composée d’une vue portée par une colonne cannelée et surmontée d’une statuette de Saint Jean-Baptiste, l’œuvre est en fonte de fer d’une qualité d’exécution et d’une ornementation remarquables. S’il y a tout lieu de dater cette fonte vers le milieu du 19ème siècle, aucune marque ou inscription, ni aucune source d’archives n’ont permis pour l’instant de documenter davantage sa création et sa mise en place à St Germain de Charonne. Son heureuse installation à l’endroit actuel est toute nouvelle.

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