Que valons nous ?

S’il fallait écrire sur un timbre-poste e que Jésus dit à ses disciples et leur demandent de le dire, eux aussi, ce serait : « Tu as de la valeur aux yeux du Père des cieux ». Simplicité désarmante. Mais, qui désarme-t-elle en fait ? Ne serait-ce pas là ce qui est le plus difficile à croire et à donner à croire ?

Au chapitre VI des Juges, l’Ange dit à Gédéon : « Le Seigneur est avec toi, tu vaincras » et Gédéon répond plaintivement : « mais alors, d’où vient tout ce qui nous arrive ? » Si les nombreux peuples qui connaissent les horreurs de la guerre, si les juifs d’Auschwitz avaient du prix aux yeux de Dieu, d’où vient donc ce qui leur est arrivé ? Ils n’ont pas compté beaucoup plus que des moineaux. Grands malheurs collectifs, mais aussi tant de désastres privés. Va-t-on consoler celui qui meurt à 20 ans en lui disant que tous les cheveux de sa tête sont comptés ?

Pourtant, c’est un fait, dans cette parole, des humains ont trouvé, trouvent force et réconfort de se savoir dans la main de Dieu. Comme Job, il leur suffit de dire que dans l’épreuve qui les broie, Dieu n’a pas dit son dernier mot.

Nous avons du prix aux yeux du Père. Facile à croire quand tout nous sourit. Difficile à confesser quand le monde nous devient contraire. Mais il s’agit toujours de la même foi, la foi inoxydable des martyrs (= témoins), dans laquelle, un jour ou l’autre, nous sommes de nouveau baptisés. Porte étroite. Espérance de croire dans la nuit noire à l’amitié de Dieu comme au prévisible et improbable matin. C’est simple au fond mais c’est un miracle.

Père Jean-Louis LANQUETIN +