Rendez à Dieu ce qui est à Dieu.

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » La phrase de Jésus-Christ qui conclut l’évangile de ce dimanche (Matthieu 22,15-21) a été reprise par le Concile Vatican II « [Le Christ ] reconnut le pouvoir civil et ses droits, quand il ordonna de payer le tribut à César, mais rappela clairement qu’il faut respecter les droits supérieurs de Dieu. » (Déclaration sur la liberté religieuse, §11). Cette double dimension de la Parole du Christ qui légitime les autorités humaines, tout en les subordonnant à celles de Dieu, est vécue et enseignée par l’Eglise depuis les premiers temps. Les premiers chrétiens n’ont pas cherché à renverser le pouvoir établi ni à échapper aux lois civiles, même si la légitimité du pouvoir romain pouvait être contestable. En revanche, les nombreux martyrs nous montrent que le respect de la volonté de Dieu, de le Loi divine a toujours été premier par rapport aux volontés humaines, même appuyée par la force.

Cet équilibre périlleux mais affirmé des premiers chrétiens est encore celui que nous vivons aujourd’hui comme peuple de Dieu : les règles du confinement observé attentivement dans nos églises, même quand elles semblent exagérées, montrent notre conviction de vouloir participer au bien commun et à l’effort de la nation entière, indépendamment de nos orientations politiques personnelle ou de notre adhésion au pouvoir en place. Je suis aussi édifié par l’honnêteté des chrétiens dans beaucoup d’actes de la vie courante où nos contemporains n’hésitent pas à frauder ou à transgresser la loi sans aucun scrupule (pour le code de la route, par exemple).

Tout en respectant l’autorité de l’Etat, les chrétiens sont en même temps en première ligne, et c’est leur place, pour contester la loi quand celle-ci va à l’encontre de la loi divine. Ainsi les prises de paroles des évêques et de nombreux chrétiens contre le libéralisme sauvage, les guerres injustes, la destruction de l’environnement, le mépris des pauvres, les atteintes à la vie humaine naissante, fragile ou finissante. L’enseignement de l’Eglise est en effet une boussole qui nous indique le Bien Commun, là où le pouvoir démocratique peut être le jouet des luttes d’intérêt qui veulent, non seulement autoriser ce qui est mal, mais parfois même l’appeler « bien ».

En obéissant aux lois humaines tout en reconnaissant la supériorité de Dieu, le chrétien sera toujours dans cette situation inconfortable mais juste, seule conforme à la Vérité que nos prédécesseurs ont vécue et proclamée au péril de leur vie.

Père Louis-Marie Talon

 

 

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